Articles Mihai ou la vie dans les bois

Publié le 26 août 2014 | par Victorien

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Mihai ou la vie dans les bois

Il y a un an, jour pour jour, à l’occasion du tournage d’un documentaire, je roulais vers Salasu de sus, Roumanie, en compagnie de l’équipe du film, pour rejoindre notre nouvelle escale. Le freeshelter de Mihai, comprenez abris gratuit.

La cabane, chambre de Mihai

La cabane, chambre de Mihai

Un panneau en bois sur lequel est inscrit « Coushurfing gratis » accueille les voyageurs. Nous avançons sur un pont qui surplombe une charmante rivière pour découvrir une cabane en bois: la maison de Mihai. Installé sur les terres familiales depuis 10 ans, il concurrence l’industrie du tourisme en recevant les gens chez lui sans contre partie. Pour lui, voyager ne se vend ni ne s’achète et recevoir de nouvelles têtes comble le manque d’activité de sa commune.

« L’abri de là haut » – ou « Salasu de sus » si vous aimez le roumain – est un petit paradis de nature perdu dans les Carpates au sud de la Transylvanie. Mais si on en croit notre hôte l’ambiance n’est pas folle et la mobilité sociale plutôt pauvre.

Ce minimaliste anarchiste (au sens libertaire et non chaotique, il y tient ! ) a refusé d’aller en ville car se consacrer au travail pour payer un logement loin de la nature ne lui convient pas. Chez lui c’est donc le sanctuaire de la débrouille, de la récup’ et surtout de mère nature. C’est en cela qu’il a décidé de nous interpeller sur nos modes de vie en nous prouvant que vivre simplement n’est pas si désagréable, à condition d’y être préparé.

Pas de salle de bain, pas de cuisine, je vous laisse imaginer le petit Parisien que j’étais, au milieu de la Roumanie, arrivant chez l’homme des bois. Obligé de se doucher dans la rivière, de faire dans des toilettes sèches et d’écouter ce « sauvage » polyglotte. Le petit bobo, esclave du confort et saoulé par cette société du luxe, a bien dormis cette nuit là.

après une bonne nuit

Après une bonne nuit

Le lendemain, en quittant cet endroit et ce personnage stimulant j’avais le sentiment d’avoir répondu à une vieille question restée sans réponse.

-Est ce possible dans la société dans laquelle nous vivons de faire un bras d’honneur au système en allant vivre seul au milieu de la nature, le tout en gardant un lien social très fort ? La réponse était sans conteste, oui.

L’idée a fait du chemin en moi et aujourd’hui il m’a semblé logique en rejoignant cette rédaction (Zango media) de rendre hommage à cette personne et à sa rencontre qui ont été pour moi un déclic.

Je le contacte donc aujourd’hui, via internet, en lui proposant de répondre à quelques questions afin de partager cette expérience unique. Lui, pour qui internet est le meilleur moyen de faire passer son message, va se prendre avec moi au jeu de l’interview.

V- Salut, Mihai, j’aimerais que tu me fasses l’honneur de répondre à quelques questions sur ton quotidien et ton engagement.

M- Salut, fais voir tes questions, après si j’ai l’appétit de répondre je le ferai.

V– Très bien les voici; Pourquoi avoir fait le choix de vivre de cette manière, si proche de la nature ?

M (quelques jours plus tard) J’ai toujours vécu à la campagne, et depuis 7 ans dans des conditions plus rudimentaires. Le Smic roumain –  six fois inférieur que celui français  – ne laisse pas trop d’options. J’ai dû faire avec ce qu’il y avait là où je suis né. Grâce à ça, j’ai perdu la peur ou le souci de me retrouver un jour sans abri, j’ai surtout réalisé qu’il en faut très peu pour construire un chez soi. Et ça rend fort physiquement et mentalement.

V-Comment fais tu pour l’eau, l’électricité, le chauffage ?

M-Pour l’eau j’utilise gratuitement les puits des voisins, je suis aussi raccordé comme pour l’électricité au réseau public, donc payant. L’hiver je me chauffe au bois et j’utilise la maison que j’ai mis à la disposition des voyageurs mais le reste de l’année je vis en dehors des murs.

Le poêle pour l'hiver

Le poêle pour l’hiver

V-Comment gagnes tu ta vie ?

M-Avant, j’étais saisonnier au noir dans les pays riches(Italie, Norvège, Espagne). Mais maintenant je bouge de moins en moins pour travailler. À présent, je donne un coup de main aux villageois des alentours contre de la nourriture. Plus rarement, un à deux jours par saison je suis journalier payé dans le bâtiment, dans la région. Toujours gagner plus d’argent ou toujours vouloir plus de profit bloque la créativité et la diversité des idées. Sans mentionner les perversités et les souffrances inutiles qu’elles infligent aussi.

V-Si ton niveau de vie te le permettait, vivrais -tu autrement ?

M-Non.

V-Recevoir chez soi sans compensation ! D’où viens cette idée ?

M-C’est de l’hospitalité spontanée, naturelle, améliorée par internet et les réseaux sociaux. C’est le plaisir du relationnel, de la rencontre mais aussi la satisfaction d’avoir mis en pratique et d’avoir pu promouvoir ainsi des idées qui paraissent utopiques. Même après avoir vu les conditions d’hébergement en ligne, les gens qui viennent ici sont généralement très agréablement surpris.

V-Alors après cette interview via réseau sociaux, que penses tu d’internet ?

M-Je trouve ça très positif. Je l’utilise, ainsi que les réseaux sociaux, pour promouvoir l’idée de la gratuité et surtout pour garder des contacts.

V-Merci beaucoup Mihai, une dernière petite question, où as tu appris à parler si bien français ?

M-Je suis autodidacte.

V-Merci!

Les toilettes sèches

Les toilettes sèches

Autodidacte et très doué, il a su faire rimer modernité, authenticité et sobriété. Cela me rappelle que ce Mihai réserve toujours des surprises, en plus de vivre en harmonie avec la nature et de communiquer sur ses expériences, c’est aussi un fan absolu de littérature et quand j’ai visité ses toilettes (sèches) j’y ai découvert un roman de 1854 : « Walden ou la vie dans les bois » de Henry David Thoreau.

Bon titre, non ?

 

Pour aller plus loin:

https://www.facebook.com/mihai.bursesc

https://www.couchsurfing.org/people/luzaru

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À propos de l'auteur

Victorien

Monteur, réalisateur, scénariste et parfois opérateur, il coordonne la partie vidéo de Zango. Préoccupé par le futur, il réalise ses envies sans hésiter à entraîner avec lui des personnes motivées.



2 Responses to Mihai ou la vie dans les bois

  1. Quentin says:

    Bonjour, est ce que quelqu’un pourrait répondre à une question qui me trotte dans la tête, est il possible de faire pareil en France au vu de la législation ? Un intéressé par les modes de vie alternatifs

  2. Hugo says:

    Apparemment il détient les terres, alors doit pouvoir faire ce qu’il veut dessus. Pourquoi pas en France, non ?

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