Carnets de Voyage manger en pleine conscience

Publié le 10 septembre 2014 | par Sarah Rodrigue-Allouche

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Manger en pleine conscience

Végétalienne convaincue, ayant testé le crudivorisme avec succès, je suis passionnée par l’histoire de l’agriculture, l’anthropologie de l’alimentation, les nombreux sara-testliens entre santé et habitudes culinaires… Je poursuis un master d’histoire environnementale à l’université d’Uppsala en Suède. Face à un trop-plein d’informations concernant l’alimentation, et surtout par lassitude des courses au supermarché, je suis partie faire du wwoofing dans l’Aude afin d’en apprendre plus sur l’autosuffisance alimentaire.

Bref résumé d’une longue réflexion autour de l’acte ancestral de porter de la nourriture à sa bouche : MANGER

Un an après être devenue 100% végétalienne, je peux affirmer sans mentir qu’il s’agit de l’une des meilleures décisions prises au cours de mon existence. Que ce soit pour le bien de la planète, par souci d’équité dans la répartition des richesses, pour le respect des autres êtres vivants qui nous entourent, ou tout simplement pour ma propre santé (que j’ai vu s’améliorer à la vitesse grand V depuis que j’ai pris le tournant végé), je ne me pose même plus la question du végétalisme, c’est devenu une belle évidence. Le but de cet article n’est pas de défendre ma démarche végane (vous pourrez trouver quantité de très bons livres et documentaires sur la question) mais de résumer une longue réflexion qui a mûri entre mon séjour universitaire en Scandinavie, mes expériences de wwoofeuse, d’animatrice ou d’anodine citadine.

1. La nourriture ce n’est pas du tout cuit – Il n’y a pas de plus grand mensonge que celui que l’on vend tous les jours à des milliers de citadins aux caisses de supermarchés, qu’ils soient bios ou non. La société de l’abondance a vulgarisé le mythe qu’il est facile de se nourrir car les conserves poussent sur les étagères de Auchan en toutes saisons. Pourtant, cela prend tellement de temps pour qu’une graine devienne plante. Et l’agriculture requiert tant de savoirs qui ont demandé des siècles d’acquisition à l’humanité. Quel décalage ahurissant entre le temps requis pour dévorer un paquet de muesli acheté à la Biocoop et le travail nécessaire pour faire pousser céréales et fruits. Un dérangeant décalage entre plusieurs réalités qui se côtoient et s’ignorent. Passer de l’une à l’autre peut être grandement déstabilisant. Le problème c’est bien qu’il existe une réelle déconnexion, un fossé, entre l’ignorance des citadins consommateurs que nous sommes et ce qu’il faut de temps, d’énergie et de savoir pour produire ce qui réjouira notre palais. Déconnexion entre un mode de vie qui tend chaque jour vers plus de rapidité et le métabolisme de la planète qui nous porte.

Et bien qu’il soit profondément inconfortable d’y penser, il sera de plus en plus dur à l’avenir de nourrir le monde, surtout si on ne change pas nos habitudes alimentaires dès à présent. Beaucoup d’experts ont déjà tiré la sonnette d’alarme à l’instar du journaliste Paul Roberts qui résume assez bien la situation dans le déconcertant « The End of Food ». Très peu de gens se rendent compte de ce dérangeant décalage entre l’abondance des buffets illimités pour certains et la disette chronique pour d’autres. Mais la faim est inscrite dans nos gênes à tous alors quand l’abondance est là difficile d’y résister.

Un mensonge plus énorme encore si il en fallait un c’est celui de la nourriture bon marché, pointée du doigt par l’économiste américain Jason Moore. Il y a franchement des questions à se poser quand on peut acheter un paquet de biscuits pour quelques centimes. Quelle variété de blé peut donc être si peu chère à produire? Selon Moore, les prix bas permis par la révolution agricole des années cinquante ne dureront pas bien plus longtemps.

Lors de mon expérience de wwoofing, j’ai réalisé à quel point il est dur d’avoir sur sa table autant de bonnes choses à partager. Le travail de la terre exige tant de temps et d’énergie. Ainsi chez André, mon premier hôte dans l’Aude, le jardin d’Eden où abondaient fruits, salades et légumes de toutes sortes, ne s’était pas fait en un jour mais en trois décennies. Et combien d’attention requérait-il ! Désherber, arroser, replanter, tailler, ombrager… Une farandole de tâches qui ennuieraient vite les citadins pressés, avalant un sandwich en pause déjeuner avant de repartir travailler les fesses calées sur une chaise.

2. Il est plus simple de cueillir des fleurs que de faire pousser des salades. Beaucoup d’entre nous avons oublié qu’avant d’être des agriculteurs et des fermiers nous étions des chasseurs-cueilleurs et qui dit cueillette dit forcément alimentation sauvage. Les plantes sauvages, telles que les orties ou les mauves, peuvent être délicieuses au palais, nutritives pour notre organisme, et savoureuses pour les yeux. Les salades de fleurs ne sont pas réservées aux lapins mais, malheureusement, ce savoir là est aussi en perdition accélérée… Connaître les plantes comestibles de sa région est un savoir précieux qu’Agathe et Mathieu, hôtes wwoofers installés dans l’Aude, tentent de réhabiliter et de transmettre à leurs enfants.

L’alimentation sauvage représente également un gain de temps énorme, ce qui forcément ne veut pas dire grand chose quand on n’a jamais eu à travailler la terre pour se nourrir, comme c’est le cas de la plupart d’entre nous ayant grandi en zone urbaine. Lorsque nous nous sommes mis à cultiver pour survivre, nous sommes passés de sociétés où le temps de loisirs prédominait (il ne fallait en effet pas beaucoup de travail au quotidien pour chasser, pêcher et cueillir des plantes) à des sociétés de labeur. Être auto-suffisant alimentairement cela prend du temps, énormément de temps: encore plus lorsqu’on ne démarre de rien et qu’il faut tout planter. Un noyer, par exemple, mettra dix ans à donner ses premiers fruits… Difficile de l’imaginer lorsqu’on déguste tranquillement une tarte aux noix, élaborée à des centaines de bornes de son arbre fruitier. Quand on fait pousser des fruits et légumes, certains mois donne tant de travail à accomplir qu’il ne reste pas beaucoup de temps pour des activités intellectuelles ou artistiques. Heureusement que le jardinage est une science et un art à la fois…

3. On est ce qu’on mange. Notre façon de nous nourrir détermine bien des choses, notre niveau d’énergie, nos humeurs, notre vision du monde, notre faculté à la compassion face à d’autres êtres vivants. Pourtant pas la peine de lire des piles d’ouvrage pour savoir comment s’alimenter, notre corps est le meilleur médecin qui soit. Nos instincts ont guidé nos ancêtres, pendant des siècles, afin de reconnaître progressivement les différentes variétés de plantes et champignons comestibles, afin de domestiquer différentes espèces de céréales ou de légumineuses. Cependant ces facultés instinctives qui sont le propre de tous les animaux, nous sommes progressivement en train de les perdre, trompés par des années de domination des boîtes de conserve. Heureusement – et je prends délibérément le risque de choquer certains lecteurs – notre corps sait encore produire le meilleur médicament qui soit : l’amaroli, un médicament bien connu de la médecine ayurvédique, qui n’est autre que notre propre urine. La qualité de ce remède miraculeux dépend bien entendu de ce que l’on absorbe.

4. Mais pas que. Notre santé mentale et physique repose bien évidemment sur d’autres facteurs que celui de l’alimentation. Dans le jardin d’André, en terres audoises, les meilleures plantes ne suffisaient pas à une santé parfaite. Le philosophe Indien Jiddu Krishnamurti disait qu’on s’alimente à 80% de nos pensées et à 20% de nourriture physique. Inutile donc d’avoir une alimentation irréprochablement saine si par ailleurs c’est constamment Waterloo dans notre tête. Et bien sûr notre épanouissement dépend de bien d’autres facteurs, comme la pratique d’exercices physiques, le fait de s’adonner à des activités que l’on aime ou des relations sociales saines.

5. Le végétalisme ne préserve pas d’absorber de la violence. Voilà un point sur lequel mon opinion a drastiquement évolué après mon séjour en wwoofing. Je me suis longtemps crue divorcée du monde de la violence en étant devenue végane mais Agathe m’a fait réaliser qu’en prenant le parti de devenir végétaliens nous avions simplement placé la souffrance animale au-dessus de la souffrance végétale, établissant ainsi une hiérarchie dans le monde du vivant. La carotte souffre quand on l’arrache, affirmait Agathe sans ironie aucune. Certes Agathe et Mathieu n’étaient pas à 100% végétaliens, ce que je n’aurais pas pu m’empêcher de contester, il y a de ça quelques mois, mais leur éthique alimentaire m’a surprise plus d’une fois. Les seuls œufs qu’ils consomment sont ceux que leur élevage avicole leur prodigue et si il leur arrive de tuer un coq, c’est toujours un acte réfléchi, dans le but de conserver un équilibre des sexes dans le poulailler. Leur façon de respecter la nourriture et les temps de repas, mais aussi le fait qu’ils soient si érudits et férus de botanique pourraient en impressionner plus d’un. Après un séjour chez eux, aller déjeuner chez des véganes radicaux qui avaient tout acheté au Carrefour du coin a suscité en moi de nombreuses interrogations.

Le végétalisme ne fait pas tout. Je ne pense honnêtement pas qu’un resto végé proposant des plats onéreux, comme c’est la grande mode actuellement dans la capitale, résolve un quelconque problème dans notre système d’alimentation. Il y a une vraie prise de conscience à atteindre, et se rendre au restaurant pour calmer sa faim va à l’encontre de l’importance primordiale de la responsabilisation et de la conscientisation, dont nous devrions faire preuve face à la nourriture. Ainsi il ne semble pas éthiquement juste de rechercher une expérience culinaire dans un resto végé branché parisien, alors que la plupart des gens cherchent à se nourrir par faim et non pas par sophistication.

6. Il est très important de se faire sa propre expérience de chaque chose et cela vaut aussi pour la nourriture. Il y a quantité d’informations données par tout plein d’experts sur ce qu’il faudrait manger ou non en fonction de son groupe sanguin, sur le cru et le cuit, sur le gras et le sucré, sur ce qu’il faudrait ingérer en fonction de l’heure de la journée, sur la fréquence à laquelle il faudrait se réapprovisionner, sur le nombre d’heures qu’il faudrait laisser à son organisme pour digérer. On se noierait dans le vaste océan d’informations sur la santé et l’alimentation. C’est pourquoi il est si crucial de se faire sa propre expérience des choses. Avoir lu les avis de tout un tas d’experts nutrition et santé ne vaut pas ses propres observations qui font réaliser si oui ou non le gluten rend dépressif, si le gras rend vraiment léthargique… Expérimentez et observez !

7. La récup’ c’est génial. Encore un scandale de la société de l’abondance : tout le gâchis qu’elle engendre. Restaurants, cantines, épiceries, supermarchés, ils jettent tous, chaque soir, des quantités astronomiques de nourriture. Et ça fait mal au ventre rien que d’y penser. Surtout quand on sait le nombre de personnes qui souffrent de la faim, ne serait-ce qu’en France. Mais il y a, heureusement, de plus en plus de gens qui s’engagent dans l’art de la récup’. Avoir la patience de demander à plusieurs enseignes si on peut passer prendre les pertes tous les soirs (le nombre de magasins qui acceptent est surprenant) et l’infinie bonté de partager son butin avec ses amis ou encore ceux qui en ont le plus besoin. Nombreux sont ceux qui s’engagent à ne plus vivre que de ça, appelés freegan dans le jargon anglo-saxon (la première cantine freegan a récemment ouvert ses portes a Paris). Même ceux qui auraient les moyens de faire des courses mais qui, par principe écologique et dans une démarche anti-capitaliste, s’engagent dans l’alimentation freegan. Le dumpster-diving est une tendance en pleine croissance en Scandinavie et les festins ouverts à tous, où l’on clame fièrement que tout vient des poubelles des supermarchés attirent foule. Pourtant, même si cette démarche est admirable car il est écologiquement optimal de récupérer les ordures d’une société de surconsommation, il ne faut pas se leurrer sur la qualité des produits ainsi ingérés. Des fruits et légumes signés Monsanto, souvent des produits qui ont perdu de leur qualité nutritive parce que tout ce qui n’est pas frais, local et bio n’est pas optimal pour notre bien-être. Mais bonne nouvelle, de plus en plus de fournisseurs bios acceptent de faire don de leurs pertes, alors vraiment plus d’excuses pour se nourrir de pesticides par manque de moyens !

8. On vit bien dans une énorme Matrix de l’alimentation. J’ai honte à la pensée de la quantité de nourriture gâchée, jetée, ingérée sans raison ni besoin, de toutes ces terres cultivées pour de mauvaises raisons alors qu’un régime végétalien pourrait à tous nous sauver la vie. Franchement j’ai mal au cœur. Surtout après avoir vu la famine, la vraie, au Burkina Faso l’année dernière. Un profond désespoir s’empare de moi quand je songe à l’absurdité du monde dans lequel je vis, à toutes les inepties que des professionnels de la santé rabâchent chaque jour, au manque de conscience de mes concitoyens occidentaux qui font la queue chez Auchan, à tous ceux qui avalent de la souffrance déguisée en Big Mac entre deux séances de salissure du monde. Et j’ai tellement de peine devant tant d’absurdités, que je ne peux m’empêcher de me consoler avec un mélange de houmous, de crackers et de chocolat noir qui mettra plus de quarante-huit heures à être digéré. Le mal du siècle m’a donné une drôle d’indigestion. Pourtant, la faim dans le monde est loin d’être une fatalité : changer notre façon de concevoir l’alimentation afin de changer notre façon de cultiver nous permettrait de résoudre la plupart des problèmes alimentaires qui sévissent aujourd’hui. On produit bien assez pour tout le monde mais on ne sait pas repartir équitablement. L’ingrédient miracle : c’est le changement de paradigme.

9. On n’a pas vraiment besoin de manger finalement. C’est en tout cas ce que clame l’excellent documentaire Lumière de l’Autrichien Peter Arthur Straubinger. Même si cela pourrait sonner comme un gag, le respirianisme n’est pas un mythe. Il y a réellement des gens capables de se nourrir de prana, d’énergie du soleil, de lumière. Nous serions capables de nous satisfaire d’amour et d’eau fraîche (l’histoire ne dit pas si il y a assez d’amour sur Terre pour pouvoir nourrir tous ses habitants). Respirer la joie de vivre, les bonnes vibrations ambiantes, contempler la clarté du soleil… tout cela contribue à nourrir notre corps comme le prône la philosophie du sungazing. L’éveil spirituel serait donc la clé au syndrome ancestral de la faim. Comme les plantes, nous pourrions, nous aussi, réaliser une forme de photosynthèse afin d’absorber la lumière solaire. Même des médecins occidentaux doivent se résoudre à la véracité de cette possibilité après avoir assisté à un jeûne sans eau ni nourriture, d’une durée de deux semaines du yogi Prahlad Jani, placé constamment sous surveillance. Le documentaire s’appuie également sur le cas de l’Australienne Jasmuheen, auteure du très controversé « La nourriture des dieux ». Selon elle, nous pourrions tous parvenir au stade de l’alimentation pranique si nous arrivions à débloquer nos immenses capacités de conscience. En devenant conscients du flux d’énergie vitale qui circule tout autour de nous, nous pourrions nous en nourrir. Michael Werner, un chimiste allemand, également au casting du documentaire de Straubinger, s’est inspiré de la philosophie de Jasmuheen afin de devenir respirien. Pour les sceptiques, un ouvrage à lire: « Se nourrir de lumière – L’expérience d’un scientifique » de Michael Werner et Thomas Stockli.

Alors la nourriture physique, juste bonne à déclencher des endorphines dans notre cerveau ? Quand on parle de changement de paradigme!

10. Il n’y a rien de plus important que de manger en pleine conscience.

Après un long cheminement, rempli de questions sur ce que nous mettons dans nos estomacs, son pourquoi et son comment, ma conclusion est que le plus important est notre vigilance au moment de l’acte de manger.

Manger est maintenant trop souvent devenu une consolation à tout un tas de nos soucis, alors que pendant longtemps il s’agissait purement de survie. Manger en pleine conscience, c’est à dire garder à l’esprit le temps qu’il a fallu à la plante pour pousser, comprendre le long processus suivi par la nourriture pour arriver dans nos assiettes, faire attention aux vibrations et à l’amour investi lors de la préparation des aliments et être à 100% présent avec le goût des aliments, leur ingestion ainsi que leur digestion puis leur élimination, pourra nous délivrer de tous nos maux liés à l’alimentation, nos problèmes sanitaires, environnementaux et sociaux. La méditation avant et après chaque repas pourrait constituer le meilleur moyen d’observer notre corps, afin de savoir si il y a réellement sensation de faim.

La façon dont on choisit de s’alimenter est bien psychologiquement déterminée. Tout est encore une fois une question de cruciale inégalité. Beaucoup de personnes ne recherchent pas d’apport nutritionnel ou énergétique quand ils mangent mais plutôt un plaisir social ou solitaire : la dopamine apportée au cerveau lors d’expériences sensorielles peut vite devenir addictive d’où l’importance de manger en toute conscience, de toujours avoir à l’esprit ce que l’on mange et pourquoi on le fait. Cela pourrait sauver nos vies. Et guérir le mal du siècle de l’abondance: la boulimie. Alors qu’à quelques milliers de kilomètres on tente tant bien que mal de survivre, manger est un plaisir si énorme que, de plus en plus, de nos concitoyens occidentaux vivent pour manger. Une réalité flagrante quand on voit l’attention croissante portée aux arts culinaires, aux tendances gastronomiques, aux sorties resto toujours plus exotiques et loufoques. On en aurait tendance à oublier le rôle originel de la nourriture: nous fournir de l’énergie pour avancer, notre authentique carburant, non pas les combustibles fossiles.

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À propos de l'auteur

Sarah Rodrigue-Allouche

Citoyenne du monde comme le recommande Bill Mollison un des pères fondateurs du mouvement de la permaculture, je poursuis une maîtrise d'histoire environnementale avec l'université d'Uppsala en Suède après avoir pas mal bougé et croisé beaucoup de visages. Je suis impliquée dans quelques associations comme le Réseau Sortir du Nucléaire en France mais j'essaye par dessus tout d'agir à l'échelle de ma propre vie.



2 Responses to Manger en pleine conscience

  1. roxane says:

    Wouaw, je viens de découvrir ce site, et de lire ce texte, merci pour cet article percutant ! Il contribue à l’avancée de ma prise de conscience, un long voyage qui n’est que mental pour l’instant mais qui se traduira par des actes engagés petit à petit… donc merci d’avoir partagé ton expérience, la jeune étudiante que je suis en raffole !

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