Carnets de Voyage leaetguillaume

Publié le 7 février 2015 | par LeaetGuillaume

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La ferme des Bouillons

Après plus de 170 kms de marche à travers la campagne, nous avons rejoint notre première initiative le 11 janvier dans l’agglomération de Rouen. Et ça fait du bien! Nos dix premiers jours de marche sur les chemins en plein hiver ont été très solitaires et c’est donc avec grand plaisir que nous avons rencontré les habitants de la ferme et découvert leurs multiples projets. Cette étape, en plus de nous apporter quelques degrés supplémentaires et chaleur humaine a aussi véritablement lancé notre année à la rencontre d’initiatives alternatives.

La ferme des Bouillons et ses 4ha

Photo de la ferme des Bouillons vue d’en haut par lesgarspilleurs.org

A peine arrivé-e-s, nous sommes accueilli-e-s par Mélina qui, intriguée par nos sacs à dos, nous demande d’où nous venons et propose de nous faire visiter la ferme. On découvre ainsi les différents espaces qui composent la ferme des Bouillons: le premier bâtiment accueille une salle de projections, une friperie très fournie et un séchoir à graines, puis l’on passe une maison d’habitation, des composts et le poulailler, pour rejoindre les 3 hangars. Le premier hangar est dédié à la réparation de camions, le deuxième sert de lieu de stockage et le troisième, décoré de bas en haut, est un lieu de vie et de festivités où se déroulent spectacles, concerts, débats et apéros. On marche ensuite vers les champs de culture, la serre et ses buttes auto-fertiles en construction. Le dernier bâtiment est la maison qui accueille les habitants de la ferme et ses visiteurs de passage. Au milieu de tout ça, le champ des moutons et le chant des poules.

La ferme des Bouillons porte un projet à deux volets : à la fois agricole et culturel. C’est ce qui se dégage dès la première visite du lieu. Anthony, l’un des maraichers nous décrit une vision de l’agriculture engagée et durable qui repose sur les principes de la permaculture et de l’agro-écologie (démarches qui suivent les cycles naturels et s’en inspirent). C’est ce qu’il souhaite développer sur la ferme, et transmettre, à travers l’expérimentation de nouvelles méthodes et la valorisation des savoir-faire du réseau paysan local. Les buttes auto-fertiles sont un exemple de ces méthodes où le sol est abordé comme une matière vivante ne nécessitant entre autres ni intrants ni labour. Anthony regrette cependant que la ferme ne soit pas encore autosuffisante au niveau de sa production de légumes. Pour consolider l’activité agricole de la ferme, un projet de création de SCIC (Société Coopérative d’Intérêts Collectifs) regroupant différents acteurs est en cours de construction. Il permettrait notamment d’accompagner de jeunes (ou moins jeunes) maraichers dans leur projet d’installation. Dans une logique de pépinière, les « poussins » pourraient mettre en pratique leurs savoir-faire sur des parcelles de terre avec l’accompagnement d’un maraicher plus expérimenté pour pouvoir apprendre ou approfondir en faisant, méthode qui plait particulièrement à Anthony.

serre_bouillons

La serre et ses buttes en construction

Sur le plan culturel, la ferme des Bouillons organise et accueille de nombreux évènements : spectacles, concerts, conférences gesticulées, café-débats, festival (dont le fameux festival de la Tambouille organisé chaque année). Il s’agit de moments culturels et festifs accessibles à tou-te-s qui regroupent et fédèrent un grand nombre de citoyen-ne-s et d’acteurs locaux.

En à peine trois jours, nous avons eu le temps de discuter, d’échanger ou simplement de partager un repas avec un grand nombre des habitant-e-s de la ferme (on a même eu la chance d’être présent-e-s pour une soirée pizza au four à bois de Sasha, l’un des premiers défenseurs de la ferme). On a été conquis-e par l’ouverture du lieu et de ses occupant-e-s: c’est un projet qui se veut collectif et où la vie en communauté prend une part importante mais où chacun et chacune est aussi libre de suivre ses passions et ses projets. Au moment où nous quittions la ferme, Julien participait à la construction des buttes auto-fertiles déjà bien avancées grâce au chantier participatif de la veille, mais il est aussi fondateur de l’association Anim’ta route dont la plupart des membres se préparaient à partir pour le Maroc promener avec leurs camions des bouts de culture. Il y avait aussi Morgane et Camille avec des rêves d’ateliers bois, Mélina passionnée de chevaux qui souhaitait trouver un compagnon à Bouillons, l’âne de la ferme, Nayra qui nous a appris à faire des fleurs de feutre (de laine), Lucie et Raphaëlle qui nous ont entraîné sur des airs de musique…

bouillons-occupes

La ferme est à l’image de celles et ceux qui s’en occupent, elle évolue constamment. N’hésitez pas à vous y rendre, vous y verrez sans doute ceci ceux-là et plein d’autres choses encore.

 

Le contexte: Cette ferme de 4 hectares est un lieu occupé depuis 2012 suite au rachat de ce dernier corps de ferme de Rouen par Immochan la même année. Depuis, grâce à une forte mobilisation des citoyens , de paysans locaux ou d’associations, la « zone à urbaniser » est devenue une « zone naturelle protégée », impossible donc d’y construire des habitations. Pourtant, les occupant-e-s sont toujours menacé-e-s d’expulsion, ce qui freine et menace les projets développés à la ferme.

Pour aller plus loin

Vous pouvez suivre quotidiennement (ou presque) Léa et Guillaume sur leur blog à cette adresse : leaetguillaumeapied.wordpress.com/

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À propos de l'auteur

Léa et Guillaume, ensemble sur les chemins pour un projet hors des sentiers battus. Un an à l'ouest est le projet d'un voyage à pied à travers la France, à la rencontre d'initiatives alternatives locales. 365 jours pour parcourir 5000 kms. 20 km par jour marché en moyenne. Et beaucoup de rencontres en chemin...



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