Carnets de Voyage

Publié le 7 mai 2015 | par LeaetGuillaume

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A Montilly, on médite sur le bio depuis plus de 30 ans!

Après un chaleureux passage par la Loupiotte à Louvigny (à côté de Caen), une grande coloc’ dynamique où se déroulent concerts et autres festivités, nous avons suivi une partie de la voie verte reliant Caen à Thury-Harcourt. Le goudron nous lassant vite, nous avons quitté ce tracé linéaire pour retrouver les dénivelés, chemins escarpés et détours du GR. Nous avons ainsi pu profiter pleinement des paysages en vert et bleu de la Suisse normande. Nous sommes arrivé-e-s le 28 Janvier au Bois de Montilly-sur-Noireau pour rencontrer Marie-Françoise et Claude, en agriculture biologique depuis plus de 30 ans. On y a trouvé une chaumière normande où on s’est vite senti-e-s comme chez nous, une petite exploitation de vaches laitières familiale mais aussi une approche de la thérapie par la méditation active. Et surtout, nous avons rencontré une nouvelle fois des personnes passionnées, passionnantes qui nous ont beaucoup inspiré par leur équilibre. Portraits.

Claude

Claude et sa deuxième passion : le tournage sur bois

Claude et sa deuxième passion : le tournage sur bois

Fils d’agriculteur, Claude a repris l’exploitation familiale avec son frère. C’est à la même période qu’il rencontre Marie-Françoise. Et c’est un peu « à cause d’elle » qu’il s’est essayé au bio, nous explique-t-il en riant. Il souhaite d’abord lancer l’expérience du bio sur une ou deux parcelles et décide finalement de convertir la totalité de son exploitation. Claude et son frère ont, selon le décompte normand, 40 vaches, c’est-à-dire 40 vaches laitières (sans compter les génisses et les veaux). Le choix de conserver un élevage de cette taille permet à Claude et son frère de gérer la ferme comme un tout. Dans cette logique, c’est eux qui sèment et récoltent le foin qui sert à nourrir les vaches pendant l’hiver, ainsi que les quelques céréales qui viennent compléter l’alimentation. Plutôt que de pratiquer l’ensilage (technique de conservation des végétaux par fermentation, notamment du maïs dans le cas de l’élevage), Claude continue de cultiver des prairies « naturelles » qu’il fait ensuite sécher dans son hangar. En ce qui concerne les veaux issus de la reproduction, les deux frères ont choisi de les élever jusqu’à l’âge de 3 ans et de vendre la viande sous forme de colis en vente directe. Ces colis de 13 kilos contenants différents morceaux permettent aux consommateurs d’avoir accès à de la viande de qualité et bio pour un prix abordable tout en garantissant à l’éleveur un coût de revient suffisant.

Mais ce qui assure véritablement la viabilité de cette exploitation, DSC_0293c’est la valorisation du lait sous le label AB (Agriculture Biologique). A l’époque où Claude est passé en bio, le lait continuait à être vendu dans le circuit conventionnel. Afin de valoriser une production plus soucieuse de l’environnement et des animaux, Claude et Marie-Françoise se sont lancé-e-s pour un temps dans la transformation du lait en fromage, leur permettant ainsi de vendre ces produits transformés en tant que produits biologiques. Au moment où se sont développés des systèmes de collecte de lait bio, Claude a arrêté la production de fromages pour rejoindre le groupement de producteurs Biolait qui assure une valorisation correcte du lait bio tout en garantissant des prix accessibles aux consommateurs. Aujourd’hui, le label AB permet de reconnaître les pratiques engagées de Claude mais les labels ont aussi un coût, assumé par les producteurs. Ayant un temps travaillé avec le label Nature & Progrès, plus exigeant sur certains aspects, Claude a fait le choix de ne pas cumuler les labels et leurs coûts et a ainsi choisi le label européen AB, qui, à l’époque, correspondait à sa volonté de favoriser l’accès au bio au plus grand nombre (pour plus d’explications sur les différents labels bios : un article de Reporterre).

En parallèle de ce passage à l’agriculture bio, logique et naturel pour Claude, il est resté très impliqué dans les dynamiques agricoles locales. « Bio » ou pas « bio », au moment de la récolte, ou quand les veaux s’échappent, on s’entraide entre voisins, comme on l’a toujours fait. Claude fait ainsi partie de différentes CUMA. Ces Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole permettent aux agriculteurs de mettre en commun des équipements coûteux. La CUMA dont Claude est président met ainsi à disposition de ses adhérents deux déchiqueteuses à bois, outil rarement utilisé plus d’une à deux fois par an pour chaque agriculteur mais qui circule ainsi sur l’ensemble du département.

Équilibre

La traite des vaches, c’est 2 fois par jour 365 jours par an mais Claude, notamment grâce au partage du travail avec son frère qui leur permet à chacun d’avoir un week-end sur deux de libre, réussit tout de même à trouver le temps pour faire un peu de tournage sur bois. Dans son atelier, Claude s’est fait plaisir et a acquis une nouvelle machine avec laquelle il réalise quelques objets pratiques et beaucoup d’objets uniques que l’on a pu admirer un peu partout dans la maison. On a même eu la chance d’assister émerveillé-e-s à une démonstration de tournage. Si Claude a appris par lui-même les principales techniques, c’est avec précision et facilité qu’il a réalisé devant nous et en moins de cinq minutes, une jolie toupie!

Marie-Françoise

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Claude et Marie-Françoise nous accompagnent sur le départ !

Derrière l’atelier de Claude, après la mare et sous le grand frêne, s’étire un petit chemin de bois qui mène à la yourte. (D’)Étonnant sur cette exploitation laitière, ce lieu chaleureux sert à accueillir les ateliers de méditation de Marie-Françoise, des ateliers de création artistique organisés par sa fille Iris, et occasionnellement des séances d’art-thérapie, où les deux approches se mêlent. Humblement, c’est ce que Marie-Françoise désigne comme « sa petite participation » pour bâtir le nouveau monde. Une participation qui envisage que l’on commence d’abord par se changer soi même, pour ensuite changer notre rapport aux autres et à ce qui nous entoure. Cela nous rappelle cet adage de Gandhi: « Soit le changement que tu veux voir dans le monde », ou encore ce livre que Guillaume a lu récemment: « Se changer, changer le monde », écrit entre autres par Matthieu Ricard, Pierre Rabhi et Frédéric Lenoir.

Dans son atelier de méditation active, Marie-Françoise mène avec son groupe un travail de fond et de forme, (car le rapport au corps est omniprésent), sur l’ego. Comment apprendre à dépasser nos préjugés, nos jugements et nos automatismes, qui sont produits par notre cerveau, mais qui s’ancrent également dans des gestes répétés, des réflexes auxquels on ne pense plus. L’exercice, réalisé dans le cadre accueillant de la yourte où règne en cette saison la chaleur diffuse du poêle à bois, porte sur le souffle, le mouvement et la danse, qui se veulent intuitifs, la concentration et la conscience du moment présent. Déconnecter un instant, prendre le temps d’écouter le vent dans les arbres, sentir la chaleur qui se propage dans les muscles sollicités, ne plus penser au tumulte des choses qui restent à faire, c’est déjà une vertu en soi. C’est au moins pour cela que Claude participe aussi à cet atelier, avec un groupe qui évolue ensemble depuis quelques années. Arriver à être là et n’être rien d’autre, c’est sans doute accéder à quelque chose de plus, une forme de paix. C’est un sentiment que nous retrouvons parfois dans le mouvement lent et mécanique de la marche. Ayant pu participer à une séance le lendemain de notre arrivée, ce sont des ressentis sur la méditation que nous échangeons avec le groupe, qui nous a chaleureusement accueilli le temps d’une soirée.

Pour ceux qui souhaitent approfondir ou qui en ressentent le besoin, Marie-Françoise, qui s’est formée pendant sept ans et continue à se former à des méthodes de thérapie alternatives, propose également des stages et un accompagnement personnalisé. Elle aime particulièrement animer des ateliers en extérieur, au contact direct de la nature où elle répète souvent qu’il faut faire confiance à ses pieds pour pouvoir avancer sans les regarder, nous a-t-elle confié en souriant.

Comme les citations sur le mur de la cuisine, cette rencontre nous laisse apaisés, heureux, et avec de quoi méditer pour la route…

« Et vint le jour où l’idée de demeurer enfermé dans un bourgeon fut plus douloureuse que le risque à prendre pour fleurir »

Pour aller plus loin

Vous pouvez suivre quotidiennement (ou presque) Léa et Guillaume sur leur blog à cette adresse : leaetguillaumeapied.wordpress.com/

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À propos de l'auteur

Léa et Guillaume, ensemble sur les chemins pour un projet hors des sentiers battus. Un an à l'ouest est le projet d'un voyage à pied à travers la France, à la rencontre d'initiatives alternatives locales. 365 jours pour parcourir 5000 kms. 20 km par jour marché en moyenne. Et beaucoup de rencontres en chemin...



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