Carnets de Voyage

Publié le 4 juin 2015 | par LeaetGuillaume

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Nantes #2 : RE-BON, réseau de glanage nantais

Grâce au relais des Cré’Alters sur les réseaux sociaux, nous avions été contacté-e-s avant notre départ par plusieurs associations nantaises ou des alentours. Parmi celles-ci, le réseau de glanage nantais RE-BON. Lors de notre passage à Nantes, l’association organisait justement une formation à l’organisation de glanage. L’occasion pour nous de rentrer directement dans le vif du sujet et de rencontrer les différents membres de l’association !

C’est donc dans l’appartement de l’une des adhérentes que nous avons retrouvé une dizaine de personnes intéressées pour organiser des glanages autour de Nantes, chaleureusement reçu-e-s autour d’un délicieux crumble et de quelques jus. Nous avons pu échanger et débattre autour des questions alimentaires, mais aussi discuter de notre projet. Pour mieux comprendre la suite des événements, on commence par demander une petite mise au point « C’est quoi exactement le glanage ? » : en gros, c’est la récupération de fruits et légumes mis de côté par les agriculteurs directement sur le lieu de l’exploitation agricole ou laissés dans les champs.

glanage champ

Un petit peu d’histoire

Le Réseau de Glanage ou « Gleaning Network » dans lequel s’inscrit RE-BON est né au Royaume-Uni à l’initiative de Tristram Stuart et « vise à récupérer des tonnes de fruits et légumes frais jetés chaque année dans les exploitations agricoles pour les acheminer vers ceux qui en ont le plus besoin ».

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Le premier banquet des 5000

Tristram Stuart a notamment été l’un des initiateurs du premier « banquet des 5000 » qui s’est déroulé à Londres en 2009 et où un gigantesque repas pour 5000 personnes a été organisé sur la place publique uniquement à base d’aliments récupérés. Depuis plusieurs « banquets des 5000 » ont été organisés, à Bruxelles, Paris, Dublin, Sydney, Amsterdam, etc. Ces événements permettent de mettre en lumière l’importance du gaspillage alimentaire, de proposer des solutions et de rassembler autour des enjeux liés au gâchis.

C’est à travers cet évènement que Flavie, la présidente de l’association, a pris connaissance du Réseau de Glanage et après avoir constaté qu’aucune structure ne récupérait les fruits et légumes dans les fermes autour de Nantes, a décidé de lancer le réseau de glanage RE-BON en novembre 2012.

RE-BON ! Cent pour champs solidaires

Concrètement, le travail des bénévoles de RE-BON consiste à contacter les agriculteurs/trices locaux disposant d’invendus pour savoir s’ils sont prêt-e-s à les mettre à disposition et à les mettre en lien avec les groupes de glaneurs bénévoles pour que ceux-ci puissent venir récupérer les fruits et légumes. Il s’agit ensuite de les redistribuer aux associations caritatives telles que la Banque Alimentaire, le Secours Populaire ou encore les Restos du Cœur. La formation à laquelle nous avons assisté vise à permettre à un plus grand nombre de bénévoles d’être capables de gérer eux-mêmes ces glanages qui nécessitent une bonne organisation : contacts des agriculteurs et des bénévoles, estimation de la quantité de légumes à récupérer, du nombre de bénévoles nécessaires, du lieu de rencontre, etc.

En deux ans, plus de 15 tonnes sauvées …

Depuis le premier glanage organisé en mars 2013, l’association a pu créer des partenariats durables  avec une douzaine d’agriculteurs et a récupéré plus de 15 tonnes de fruits et légumes prêts à être jetés ou abandonnés dans les champs avec une moyenne d’un glanage par mois. Autant de fruits et légumes redistribués à ceux et celles qui en ont le plus besoin! Le chiffre parait important mais Flavie nous explique que ce n’est rien comparé aux 10 tonnes de fruits et légumes frais jetés chaque semaine chez les producteurs du seul département Loire Atlantique. C’est pourquoi l’association tente de former de nouveaux bénévoles à l’organisation de glanages pour pouvoir augmenter leurs fréquences à une fois par semaine.

L’association récupère pour le moment les légumes et fruits avec les voitures de ses adhérents (ce qui limite les récupérations à environ 350 kilos par voiture) et espère bien pouvoir acquérir une camionnette pour récupérer un plus grand nombre de denrées. Elle va lancer dans quelques semaines une campagne de financement participatif en ce sens.

Aux côtés d’autres associations locales engagées sur la thématique du gaspillage alimentaire, RE-BON organise également des événements qui sont bien sûr des moyens de sensibiliser à cette problématique mais qui sont aussi de grands moments festifs et conviviaux où il s’agit aussi de rendre sa place à l’alimentation comme vecteur du bien vivre, et du bien vivre ensemble. RE-BON a par exemple participé à l’organisation d’un « banquet des 5000 » le 25 septembre 2013, travaille en bonne entente avec Disco-soupe Nantes pour l’organisation de soupes géantes et citoyennes et aide aussi à l’organisation des banquets citoyens mis en place par les Cré’Alters.

Aller plus loin pour sensibiliser et trouver des solutions durables

Mais l’association tente également d’amener le débat sur un autre terrain et de réfléchir (et faire réfléchir) aux causes plus globales de ce gaspillage. Elle essaie d’interpeller sur un modèle de productionre-bon carottes 4 et un mode de consommation qui engendre un gâchis important. Les agriculteurs peuvent ainsi être amenés à laisser une partie de leur production dans le champ ou dans un coin de hangar car elle ne correspond pas au cahier des charges de la grande distribution (forme, couleur ou encore calibre) ou bien car il ne serait pas rentable de ramasser les produits pour les vendre (dans le cas d’un prix d’achat faible) ou bien encore en raison d’un dépassement de quotas. Le gâchis est également très présent dans les Grandes et Moyennes Surfaces où les produits peuvent être jetés avant leur date de péremption, mais il existe aussi dans les foyers.

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) estime notamment qu’un tiers de ce qui est produit chaque année dans le monde est gaspillé (1,3 milliards de tonnes de nourriture jetée ou perdue), avec une estimation pour les foyers français de 1,2 millions de tonne par an et pour la grande distribution de 197 tonnes par établissements et par an. Ces chiffres éclairent de manière différente la problématique de la faim dans le monde : avec ce que jette l’Europe chaque année, il y aurait de quoi nourrir 1 milliard de personnes, soit l’intégralité des personnes souffrant de malnutrition dans le monde. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, l’un des problèmes majeurs actuellement n’est donc pas le manque de nourriture au niveau mondial (la production) mais sa trop inégale répartition (la distribution).

Les solutions à ces problèmes ne sont malheureusement pas si simples et méritent une véritable réflexion de fond. Récemment, une proposition de loi a vu le jour afin de rendre le don d’invendus aux associations caritatives obligatoire, fausse solution pour la grande majorité des associations de terrain. « Sur un département comme la Loire-Atlantique par exemple qui regroupe 350 maraîchers, on peut sans nul doute affirmer que le potentiel de produits à valoriser est immense ! Mais aussi que l’ensemble de l’aide alimentaire du département ne suffirait pas à absorber la totalité des surplus et invendus des producteurs… » : sur les 10 tonnes jetées chaque semaine, l’aide alimentaire du département ne peut en absorber que 4 ou 5 au maximum, nous précise Flavie. Les Gars’Pilleurs, RE-BON, Zéro-Gâchis ou encore Disco Soupe ont pris le temps d’expliquer les raisons de leur opposition à ce projet dans une lettre ouverte (en ligne ici) conclue de cette manière :

« La lutte contre le gaspillage alimentaire est l’affaire de toutes et de tous : c’est un sujet collectif, sociétal, important. Alors agissons de concert, chacun à notre échelle et dans la mesure de nos moyens. La guerre au gâchis aura bien lieu, mais nous ne pourrons la gagner qu’en transformant profondément les structures responsables du gaspillage de notre système alimentaire ! »

A terme, l’idée est bien de réagir au problème en agissant sur les causes du gaspillage alimentaire, c’est à dire en modifiant directement le système de production et de distribution. Le modèle des circuits-courts par exemple, et notamment les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) est un modèle qui permet d’éviter la surproduction et le gâchis en mettant directement en contact les producteurs et les consommateurs. Paysans et consommateurs établissent entre eux un contrat qui permet au paysan de produire en fonction des besoins : en s’engageant en avance sur une récolte, les consommateurs reçoivent un panier hebdomadaire de légumes frais et sains. Ainsi, tout ce qui est produit est consommé !

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À propos de l'auteur

Léa et Guillaume, ensemble sur les chemins pour un projet hors des sentiers battus. Un an à l'ouest est le projet d'un voyage à pied à travers la France, à la rencontre d'initiatives alternatives locales. 365 jours pour parcourir 5000 kms. 20 km par jour marché en moyenne. Et beaucoup de rencontres en chemin...



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