Carnets de Voyage

Publié le 12 novembre 2015 | par LeaetGuillaume

0

Y paraîtrait que, à la Colporteuse…

Un château près d’Argenton-les-Vallées, un lieu où la culture s’invente et se balade en caravanes, des jeux, des bruits, des histoires ou encore le FACS (Festival Artistique de la Cité Scolaire).

Depuis Lille jusque Nueil les Aubiers, Bressuire et puis enfin Sanzay, la rumeur des colporteurs était parvenue à nos oreilles. Nous avons donc décidé d’aller les rencontrer avant la fin du mois d’Avril, d’abord au festival lycéen de Bressuire où les jeux et la caravane-bar étaient de sortie puis au château de Sanzay où l’association la Colporteuse développe ses activités.

DSCN4295[1]

Au château de Sanzay, nous nous sommes laissé-e-s transporter par un grand nombre d’histoires, notamment celle de ce lieu hors du commun. Les histoires sont faites pour vivre, voyager, nous allons donc tenter de restituer un bout de celle de Radulphe et du lieu aussi fidèlement que nos souvenirs et notre imagination nous le permettent.

« Il y a bien longtemps, un seigneur, Radulphe de Sanzay, fit construire un château aux abords de ce qui est maintenant connu comme le village de Sanzay. Radulphe n’était pas un seigneur ordinaire, il était bon et sage et aimait la compagnie. Le château était empli de vie, les gens venaient y échanger des nouvelles, jouer de la musique ou partager de grandes tablées dans la cour. Et Radulphe accueillait tout ce monde sur son trône, au milieu de la cour, avec force sourires et beaucoup d’entrain. Radulphe était heureux, les enfants étaient heureux, les adultes étaient heureux et la vie suivait son cours dans ce petit coin de paradis que rien ne venait altérer.

Puis, les habitants se sont lassés et de jour en jour et de semaine en semaine, les gens sont venus moins nombreux en ce lieu unique et ont commencé à rentrer chez eux et à n’en plus sortir, laissant Radulphe seul sur son trône au milieu de la cour, un sourire figé aux lèvres et les yeux de plus en plus vides.

Un jour, Oscar, un colporteur qui passait par là, décida d’approcher de ce beau château sans bruit. En passant les deux tours qui marquent son entrée, il découvrit Radulphe, toujours seul et silencieux, assis sur son trône au milieu de la cour. Il tenta donc de lui dire quelques mots mais Radulphe resta de marbre. Les jours passèrent et les questions du colporteur se succédèrent, toujours sans réponse : « comment t’appelles-tu? », « que fais-tu ici? ». Quand un beau matin, Radulphe décida de lâcher dans un souffle presque inaudible : « je m’ennuie… ». Ce souffle résonna longuement dans la cour du château et dans la tête d’Oscar.

Le temps s’écoula. Puis un beau jour, venu-e-s des quatre coins du pays, apparurent des colporteurs et des colporteuses qui se mirent en tête de refaire vivre le lieu et de faire passer l’ennui de Radulphe en lui contant les histoires qu’ils savent si bien raconter. Les idées ne manquèrent pas et petit à petit, les habitants des villages voisins sortirent de chez eux pour venir voir tout ce qui se passait au château de Radulphe, qui retrouva le sourire qui l’avait quitté. Les pièges à ennui de la Colporteuse étaient nés! »

Au château, cela fait maintenant bien longtemps que Radulphe n’est plus sur son trône, mais les gens n’ont pas pour autant cessé de venir fréquenter le lieu. Quand Oscar ou Matthieu, ou Matthieu ou Oscar, nous raconte(nt) cette histoire, on ne distingue pas bien l’imaginaire du réel et le passé du présent, et d’ailleurs on ne cherche pas à le faire, on se laisse porter ou plutôt colporter.

DSC_0970Aujourd’hui et depuis maintenant 8 ans, l’association La Colporteuse gère cet endroit magnifique et y invente de nouveaux projets ou manières de faire en gardant cette volonté de créer du lien entre les gens et de faire vivre le territoire. L’association accueille notamment des groupes de jeunes dans le cadre des « missions patrimoine » en association avec le réseau Rempart afin de restaurer les différents bâtiments du château et de participer à lui redonner vie. Ce genre de missions permettent notamment aux jeunes « de participer à un projet collectif, utile à la collectivité, et constitue un lieu d’apprentissage, d’expression et de reconnaissance pour les individus ». Ces missions sont des moments clés pour l’équipe de la Colporteuse où l’expression « éducation populaire » prend tout son sens.

Mais le château regorge de projets divers et inventifs, comme la Miellerie associative, créée en 2013. Il s’agit d’un local collectif d’extraction de miel, ouvert à tou-te-s les apiculteurs/trices amateurs/trices qui souhaitent extraire le miel de leurs ruches. La mise en commun d’un local et du matériel nécessaire, en plus de bénéficier aux amoureux de miel, a également permis à l’association de développer un rucher-découverte afin de transmettre auprès des petits comme des grands. Transmission d’autant plus importante que ces insectes pollinisateurs sont aujourd’hui menacés.

DSC_0975Il y a aussi « Le P’tit Potin« , le bar associatif des colporteurs, qui se trouve dans deux jolies salles de pierre et de terre, retapées lors des chantiers jeunes et/ou participatifs. On y trouve de bons produits locaux à déguster lors de soirées débats, de concerts, de pièces de théâtre, organisés tout au long de l’année à l’initiative de « qui-veut ». Le but de ce lieu? « Être un déclencheur d’expressions citoyennes! »

Le château est riche en activités, on vous parle de ci, de ça mais on aurait pu choisir de vous en dire plus sur les transhumances, la ludothèque associative, la jardin du château, le dépôt de producteurs locaux, etc. Il est le fruit du travail des salariés de l’association et des colporteurs et colporteuses bénévoles, heureux et heureuses de participer à ce lieu vivant dans l’Argenton. C’est un lieu où les gens sont invités à créer, à s’impliquer pour partager une passion, une histoire. Il est un peu de ce que chacun-e choisira d’en faire.

La Colporteuse nous invite à « rêver les yeux ouverts ». Cette expression a pris tout son sens lorsque nous nous sommes laissé-e-s transporter par les histoires des colporteurs. Elle nous a appris (ou rappelé car l’enfant en nous le savait sûrement déjà) qu’une part de rêve ou d’imaginaire dans nos vies peut laisser la place à de superbes créations. Elle permet notamment d’abolir les limites et les frontières qui nous font dire que « c’est impossible » ou « qu’on n’y arrivera jamais ». Flirter avec cet espace entre l’imaginaire et le réel peut ouvrir des portes vers de nouveaux possibles, de nouvelles manières de faire ensemble, et ça, ça nous laisse rêveur et rêveuse!

Un grand merci à l’équipe de colporteuses et de colporteurs pour ces histoires partagées et cette yourte accueillante!

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,


À propos de l'auteur

Léa et Guillaume, ensemble sur les chemins pour un projet hors des sentiers battus. Un an à l'ouest est le projet d'un voyage à pied à travers la France, à la rencontre d'initiatives alternatives locales. 365 jours pour parcourir 5000 kms. 20 km par jour marché en moyenne. Et beaucoup de rencontres en chemin...



Laisser un commentaire

Back to Top ↑