Carnets de Voyage

Publié le 25 mai 2016 | par Louis Dabert

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Parlâmes Pédagogie !

C’est avec les amis du détour buissonnier que je suis allé dans cette école de musique formidable qu’est Les Brayauds afin de parler pédagogie, plus précisément apprentissage musical au sens global. Encore une expérience enrichissante d’où je suis ressorti avec de la lecture et l’envie d’en donner !


Au milieu de la France, l’Auvergne….au fin fond de l’Auvergne, le Puy de Dôme…quelque part dans le  Puy de Dôme, Saint-Bonnet-Près-Riom…non loin de l’église, le Gamounet…tout en haut du Gamounet : le grenier, et oui !

Ah pardon…, et à droite en rentrant, posé sur un vieux meuble pas plus haut que le genou, une pile de magazines, qui elle dépasse bien le genou. Elle n’atteint tout de même pas notre pectiné mais n’est pas loin de la gracile ! Bref. J’attrape parmi cette pile de revues : modal – un périodique dédié à la musique traditionnelle-  telles qu’il n’en existe nulle part ailleurs un numéro « spécial pédagogie ! »

Alors, hasard ?

Je ne crois pas, cette éternelle question des méthodes d’apprentissage étant traitée depuis fort longtemps, et non sans réponses mais sans application concrète par nos institutions. Le sujet ici n’est pas de se demander pourquoi mais de regarder de plus près ces écrits datant de 1986, dont la plupart se réfèrent à des expériences antérieures. Ces articles concernent l’apprentissage de la musique traditionnelle mais s’appliquent tout aussi bien à d’autres disciplines.

Analyse en 2 temps 3 mouvements :

La grande critique, revenant régulièrement au travers des pages est celle de l’examen : « L’examen écarte de la pratique » et ne donne donc pas de sens à celle-ci. Le but final n’est plus de jouer, il est le diplôme ! Cette remarque est pertinente pour tout apprentissage : quel est l’objectif de celui-ci ? [Parenthèse politique : On peut constater le même engrenage dans l’emploi aujourd’hui. Le but est-il la récompense, le salaire ? Ou bien y voyons-nous une utilité visible et compréhensible ? ] « Le répertoire ne doit pas perdre ce qui fait sa raison d’être. » de même que le travail, et ici j’emploie le terme de travail et non celui utilisé 9 mots plus tôt ! (compter à partir du chiffre si vous avez un doute.) Je me souviens personnellement avoir appris des morceaux pour la technique qu’ils m’apportaient, alors que j’aurais préféré apprendre les techniques pour satisfaire mes envies musicales. C’est un sujet fondamental qui ne cesse de revenir à mes oreilles ces derniers temps : donner du sens ! Car c’est ce qui nous motive dans la pratique, qui suscite réflexions et remises en question. C’est en se confrontant à ses questions que l’on avance. Bien sûr si l’on nous sert « notre motivation » sur un plateau il n’y a plus besoin d’aller la chercher, il n’y a qu’à la prendre et dire merci.


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ne autre notion importante à mes yeux est la Cours aux Brayaudsdistinction entre « exemple » et «  modèle » : Jean-Pierre Yvert nous parle de l’isolement du vedettariat et promeut un enseignement convivial basé sur du partage. Nous sommes d’accord que cela semble plutôt logique. Seulement n’est-il pas interdit de discuter en cours lors des exercices ? On dit « discuter » mais je pourrais dire « coopérer », ou encore « échanger ». Donc n’est-il pas interdit de s’entraider lors des exercices ? En même temps il est vrai que je n’ai jamais vu de compétiteurs s’entraider…cela tient la route finalement.

Pour en revenir à la distinction « modèle/exemple », demandons-nous quelle est la place du professeur en tant que musicien ? Il faut faire attention à cette différence, si le professeur tient justement une place de « vedette », l’élève n’a d’autre choix que de suivre le même chemin. Le professeur n’ouvrira pas la voie à des projets personnels de l’élève différents des siens. Il n’y a donc plus de réflexion quant à sa pratique puisque l’on veut atteindre un but déjà éclairé. Le « modèle » peut alors être assimilé à un gourou usant de démagogie. L’ « exemple » parmi tant d’autres est un soutien, un appui à la construction de son propre chemin.

 « Au conservatoire, le phénomène de scolarité n’induit pas ce comportement autonome, au contraire, il accentue les comportements de dépendance. »

Un autre problème du conservatoire, c’est son nom. Un système ne peut fonctionner s’il n’évolue pas avec les changements environnementaux, à commencer par les pratiquants eux-mêmes. Or, le conservatoire conserve un processus basé sur un apprentissage élitiste inchangé depuis sa création en 1795. Où est donc la fameuse égalité des chances ?

« Les programmes doivent êtres réadaptés au fur et à mesure. Nous avons besoin d’un point de départ et il faudra constamment le remettre en question. »

 « Le problème dans les conservatoires, c’est que l’objectif donné aux gens  est de devenir professionnel. Celui que nous on voudrait donner c’est celui  de pratique musicale tout simplement. »

Vieille BrayaudsLe conservatoire a pour but de former des spécialistes en technique instrumentale, maîtriser l’instrument sans forcément maîtriser la musique. On peut donc en sortir comme violoniste mais pas musicien pour autant. Un exemple bien trouvé et souvent cité : on apprend au menuisier à manier un marteau, mais savoir le manier ne fait pas de lui un menuisier. L’approche de la musique doit être bien plus globale. Un musicien doit comprendre ce langage et acquérir autonomie et créativité face à différentes situations, c’est pourquoi il est nécessaire d’avoir accès à une multitude d’utilisation de ce langage afin de pouvoir choisir vraiment laquelle nous correspond et que l’on veut approfondir. Il est normal aujourd’hui que la plupart des enfants souffrent du conservatoire puisque ce n’est pas de la musique en soi, mais une branche bien spécifique. De même que le solfège est loin d’être obligatoire pour s’exprimer musicalement, il est un outil à l’écriture musicale et par le même biais à la compréhension de celle-ci, écriture qui aujourd’hui ne concerne qu’une infime partie de la musique totale jouée. Alors ne comprendre la musique que par le solfège ferme-t-il réellement des portes ?

« Le solfège peut venir plus tard, si le besoin se fait sentir, on n’attend pas de connaitre la grammaire pour parler. »

Ces réponses encore d’actualité font écho avec les critiques actuelles, j’aurais tout aussi bien pu ne pas citer la date de parution, malheureusement… Au fait quelles réponses ?

Dans ce flot de critiques, on peut tout de même ressortir que la musique est avant tout une pratique conviviale basée sur le partage. Le musicien doit donc s’inscrire dans un contexte social. L’apprentissage devrait s’appuyer sur les envies de l’élève – ce qui implique qu’il ait la parole, qu’il soit entendu et compris, cela passe aussi par une justification de ses choix – et lui permettre de donner du sens à sa pratique, auprès d’une personne plus expérimentée à laquelle il peut se référer lors des difficultés rencontrées. Ce dernier, le « professeur », doit instaurer un cadre de bienveillance afin que l’élève sache que son but est réellement d’enseigner et qu’il peut se reposer sur lui en cas de besoin. Enfin, le droit à l’erreur est essentiel car il permet d’oser et ainsi développer une créativité quant à sa pratique. De même que le professeur doit sans cesse remettre en question sa pratique vis-à-vis des différents élèves et il doit accepter d’apprendre de ceux-ci.

Maintenant, on peut se demander « Pourquoi n’y a-t-il pas d’application concrète par nos institutions ?»…


À propos de l'auteur

Louis Dabert

Thermicien de formation, Louis voyage et s’intéresse principalement à l’autonomie durable au sens global. Cela passe par une curiosité autour des modes de vies et de la pédagogie.



One Response to Parlâmes Pédagogie !

  1. Dabert says:

    Excellent article ! Tout me parait juste. Par ailleurs, la citation pourrait être transférer à l’apprentissage des langues « étrangères » : on n’attend pas de savoir lire et écrire pour apprendre sa langue d’origine, alors quelle idée de démarrer par là pour en apprendre une autre…? Tout comme le solfège. Espérons que ton message passe auprès des enseignants de toutes les matières.

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